Erevan

Erevan est l’une des plus vieilles villes habitées au monde. Pourtant, la capitale de l’Arménie surprend souvent les voyageurs qui s’attendent à une ville-musée figée. En réalité, Erevan a été largement reconstruite au XXe siècle sous l’impulsion de l’architecte Alexandre Tamanian, qui lui a donné ses larges avenues et sa pierre de tuf rose caractéristique.

Entre patrimoine soviétique, mémoire douloureuse et scène culturelle en pleine effervescence, voici dix étapes pour comprendre la ville, des endroits incontournables aux adresses plus confidentielles.

1. La place de la République, cœur symbolique de la ville

C’est le point de départ obligé de toute visite. Dessinée par Tamanian entre les années 1920 et 1950, la place de la République (Hraparak) rassemble les bâtiments institutionnels les plus emblématiques d’Erevan, dont le Musée d’histoire d’Arménie, construits en tuf rose et jaune.

De mai à octobre, un spectacle son et lumière anime les grandes fontaines chaque soir, mêlant musique classique, rock et jazz. La place occupe l’emplacement de l’ancienne vieille ville, rasée lors des travaux d’urbanisme soviétiques : c’est aussi pour cette raison qu’Erevan, contrairement à Tbilissi par exemple, n’a pas de quartier historique à proprement parler.

2. Le Cascade et le musée Cafesjian

Cet escalier monumental en travertin blanc relie le centre-ville au quartier nord et déploie 572 marches réparties sur cinq terrasses. On peut les gravir à pied ou emprunter les escaliers mécaniques intérieurs, ouverts de 8h à 22h.

Chaque palier accueille des œuvres d’art contemporain, dont des pièces de Fernando Botero et Barry Flanagan, dans un cadre résolument soviétique. Le musée Cafesjian, logé à l’intérieur de la structure, complète la visite avec des expositions temporaires. Par temps clair, la vue depuis le sommet porte jusqu’au mont Ararat, situé aujourd’hui en territoire turc mais qui reste le symbole national par excellence.

3. Le mémorial du génocide arménien à Tsitsernakaberd

Sur la colline de Tsitsernakaberd, à l’écart du centre, ce mémorial commémore les victimes du génocide arménien perpétré par l’Empire ottoman entre 1915 et 1923, qui a fait environ 1,5 million de morts.

Le complexe associe une flamme éternelle, une stèle de 44 mètres et un musée souterrain qui retrace le contexte historique, les événements et leurs conséquences à travers documents et témoignages. La visite est éprouvante, mais essentielle pour comprendre l’identité arménienne contemporaine. Compter une à deux heures sur place ; le musée est accessible du mardi au dimanche.

4. Le marché Vernissage, pour l’artisanat et le troc

Ce marché à ciel ouvert se tient le week-end, avec un choix nettement meilleur le samedi et le dimanche matin. On y trouve tapis tissés à la main, jeux d’échecs sculptés, poteries, bijoux et objets d’époque soviétique.

La qualité est inégale et le marchandage n’est pas toujours payant, mais c’est l’un des meilleurs endroits pour repartir avec un souvenir réellement local plutôt qu’un objet standardisé.

5. La Mosquée bleue, dernier lieu de culte islamique d’Erevan

Construite au XVIIIe siècle, la Mosquée bleue (Blue Mosque) est aujourd’hui la seule mosquée en activité en Arménie, principalement fréquentée par la communauté iranienne et le personnel de l’ambassade d’Iran. Fermée puis transformée en musée à l’époque soviétique, elle a retrouvé sa fonction religieuse après restauration.

La cour intérieure et ses mosaïques turquoise et jaune se visitent librement et gratuitement ; une tenue correcte, avec un voile pour les femmes, est demandée pour aller au-delà du jardin.

6. Le Matenadaran, sanctuaire des manuscrits arméniens

Situé en haut de l’avenue Machtots, ce dépôt de manuscrits tire son nom de la première bibliothèque fondée par Mesrop Machtots, créateur de l’alphabet arménien au Ve siècle.

Le musée conserve plus de 23 000 manuscrits, rouleaux et fragments, dont certains ont survécu aux invasions et destructions successives depuis l’Antiquité. Un passage obligé pour qui s’intéresse à l’histoire de l’écriture et à la manière dont l’Arménie a préservé son identité culturelle à travers les siècles.

7. Le musée Serge Paradjanov, pour les connaisseurs de cinéma

Moins fréquenté que les grands sites touristiques, ce musée installé dans une maison en bois du XIXe siècle est consacré à Serge Paradjanov, cinéaste soviétique d’origine arménienne connu pour des œuvres comme Sayat-Nova.

La collection mêle collages, dessins et objets personnels, révélant un artiste à l’humour caustique qui a aussi payé le prix fort de la censure soviétique. Une visite qui éclaire autant sur le cinéma que sur les tensions entre création et pouvoir en URSS.

8. Le quartier de Kond, dernier vestige du vieil Erevan

Perché sur une colline à quelques minutes du centre, Kond est le quartier le plus ancien de la ville, avec ses maisons de pierre et de terre, ses ruelles étroites et son bâti largement dégradé.

Beaucoup d’habitations nécessiteraient une rénovation en profondeur, mais c’est précisément ce contraste avec le centre reconstruit qui rend le lieu intéressant : on y perçoit un visage d’Erevan très différent de la ville planifiée par Tamanian. Le tunnel de Kond, achevé en 1936 et toujours utilisé, relie le quartier au centre via la gorge de la Hrazdan et abrite quelques œuvres de street art.

9. La rue Saryan et les caves à vin, entre tradition et renouveau

Surnommée « Wine Street », la rue Saryan concentre bars à vin et brasseries artisanales, à l’image de Dargett et de Dors, dans un pays qui revendique l’une des plus anciennes traditions viticoles au monde.

L’endroit accueille chaque année en juin le festival Yerevan Wine Days, ainsi qu’un festival annuel de la bière depuis 2021. Pour les amateurs de spiritueux plus classiques, le musée du cognac Ararat propose des visites avec dégustation à partir d’environ 4 500 drams par personne.

10. Le parc de la Victoire et la statue de Mère Arménie

Dominant la ville depuis la colline de la Victoire, la statue de Mère Arménie a remplacé en 1967 une statue de Staline démontée après sa mort. À sa base se trouve le Musée militaire d’Arménie, consacré en grande partie à la guerre du Haut-Karabakh, avec une muséographie partiellement traduite en anglais.

Le parc environnant mêle grande roue et attractions d’un autre âge à des points de vue dégagés sur la ville et, par temps clair, sur le mont Ararat.

Quelques conseils pratiques

Erevan se visite aisément à pied sur deux ou trois jours pour les sites du centre ; comptez une demi-journée supplémentaire pour le mémorial du génocide et le parc de la Victoire, qui sont un peu plus excentrés.

Si vous prévoyez de faire plusieurs musées, la carte Yerevan Card donne accès à des entrées gratuites et à des réductions sur les transports.

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